Questionnaire épicurien du parfumeur Pierre Guillaume


Pierre Guillaume est un parfumeur, un « nez » comme on dit. Je présente ses parfums au sein de ma boutique Qu’importe le flacon depuis 9 ans. J’aime sa créativité, et même ce brin de folie qui le fait réaliser des notes inédites et abouties.
Doté d’une énergie incroyable (il en faut pour lancer sa propre marque), d’une passion dévorante et d’une diction encore plus rapide que la mienne (c’est dire…), bien pratique quand on a autant de choses intéressantes à dire que lui, il est devenu, depuis, un ami.

C’est un jeune homme de 40 ans tout juste, qui a commencé à composer des parfums à 25 ans. Autodidacte, il n’a fait aucune école de parfumerie et a commencé à travailler des formules au sein de l’usine de son père, une fois terminée sa journée d’assistant de « formulateur industriel ».


Tout petit déjà, Pierre, fils unique, passait du temps dans l’usine paternelle, Guillaume Diffusion, et c’est tout naturellement que ce dernier lui a transmis son savoir et appris ce métier, très pointu. En effet, il s’agissait de produire des fluides chimiques que les grands groupes de chimie n’avaient pas au catalogue, pour les chaines de production ou de maintenance de certaines entreprises, comme de métallurgie, par exemple. Une sorte de R&D sur-mesure pour assurer de petits volumes de production…déjà un secteur de niche.

La société Parfumerie Générale a donc grossi doucement au sein de Guillaume Diffusion…puis ont suivi plus tard, Huitième art parfums et la Collection Croisière…et ce n’est certainement pas terminé…!

Ça n’a pas toujours dû être facile à assumer, cet apprentissage en solo, de même que sa liberté. Il habite et compose à Clermont-Ferrand et il restera dans sa ville, pas besoin d’être parisien pour exister en tant que parfumeur, ça change.

Son « actualité », est un leurre… il travaille déjà sur des parfums que vous ne sentirez que dans plusieurs mois, il est en décalage permanent !
Par-contre il vient de lancer et vous le trouverez en boutique, le nouvel opus de sa collection Huitième art parfums, Aqaysos, une composition d’une fraicheur tenace, une eau de parfum piquante et verte en tête, puis chaleureuse en fond.


Pierre est aussi de plus en plus sollicité par des maisons qui veulent parfumer leurs produits cosmétiques ou faire un parfum pour un événement, il a gagné en notoriété au sein de son milieu, mais également, je peux l’affirmer après avoir travaillé sa marque pendant des années, en popularité et renommée auprès de tous les montpelliérains qui portent et adorent ses parfums ! Soyez des leurs !

LE QUESTIONNAIRE :

Pierre aime se prêter à ce genre d’exercice, car ça l’aide à se connaître.

Un plat que tu aimes déguster ou même préparer :

« Il parait que je cuisine très bien le chili con carne ! » Mais le petit plus, c’est que Pierre fait son propre mélange d’épices et n’utilise pas un mélange tout fait. Je lui ai demandé s’il pensait que les parfumeurs étaient tous de bons cuisiniers, et il pense bien sûr qu’il y a une démarche commune et donc probablement des facilités pour les dosages et assemblages.

Il me confie au passage qu’il adore manger et qu’il adore les bons restaurants, me citant le resto de l’Hôtel Radio à Chamalières comme sa cantine (non, pas au quotidien, mais quand il reçoit des clients par exemple…moi ! J ). Il aime connaitre le chef à travers son travail et ses plats.

En parlant de chef, son père était aussi un excellent cuisinier et connaissait même les recettes d’Escoffier par-cœur ! Pierre « mangeait souvent 4 étoiles » à la maison, ce qui rend forcément exigeant et connaisseur.

Une gourmandise favorite :

Pas fan de la pâtisserie trop complexe, il aime par-contre les éclairs au chocolat au point de rechercher « l’éclair sublime », mais aussi la tarte tropézienne. Si vous avez l’intention de l’inviter à dîner, n’allez pas lui proposer des desserts ou entremets au chocolat, il mange ce dernier en tablettes, un point c’est tout ! (photo Mathieu Blayac)


Une odeur qui t’émeut, ou même un parfum :

Etonnamment il a répondu rapidement, mais on en revient à la gastronomie. Tous les vendredis soir, il reçoit son staff à dîner et ce qui l’émeut, c’est l’odeur des plats qui commencent à mijoter chez lui dès le mercredi soir, une bonne odeur de cuisine qui prend son temps et qui se transforme au fur et à mesure des heures.
Tout cela parle des odeurs mais aussi de l’enfance, du partage et de l’appartenance à son groupe, à la vie, j’imagine. 

Un artiste ou un album à écouter en boucle :

Pierre vit avec la musique, soir et matin, et c’est super éclectique ! Il m’a donné la playlist qu’il écoute en ce moment, je le cite, « obsessionnellement » ! Français, étranger, très ancien ou très récent. Pour preuve, cela va de Bourvil à Radiohead et il aime cette diversité. Il a aussi été biberonné à Stan Getz, Miles David ou Sinatra.
J’ajouterais qu’on peut vraiment retrouver cette diversité dans ses gammes de parfums.

Une matière que tu aimes toucher :

Réponse super précise: « le petit empiècement en cuir qu’il y a sur le levier de vitesse en aluminium de ma voiture, c’est comme un nin-nin ! » 

Un film préféré :

« Les vieux de la vieille », les films tournant autour d’Audiard en général, grands classiques qu’il aimait regarder avec son père.

Vous n’aurez pas tardé à comprendre la place de la figure paternelle dans son cœur, mais c’est normal quand on sait que M. Guillaume est décédé il y a peu et qu’ils entretenaient une relation forte famille/travail.
Sachez que sa mère a travaillé longtemps avec ses 2 hommes et Pierre lui compose des parfums, elle n’est pas oubliée !


Une œuvre d’art :

La dernière qu’il a achetée, une photographie de Georges Rousse, une de ses anamorphoses, une œuvre faite à Clermont-Ferrand dans une cave, sous la galerie Claire Gastaud, au pied de la cathédrale. Un carré noir (la couleur préférée de notre parfumeur) dans une cave qui finit par ressembler à une chapelle. Il aime autant l’œuvre que la genèse de l’œuvre.


Georges Rousse fait des photos dans des lieux abandonnés, souvent industriels, et crée des œuvres géométriques qu’on croirait rajoutées sur la photo à la palette graphique, alors qu’elles existent en vrai mais déformées, jusqu’à ce que l’appareil les reforme !

Un objet fétiche :

Son téléphone, qui contient une partie de sa vie, photos, musique, etc…ils sont devenus nos journaux, nos doudous, on a du mal à s’en passer. Il communique évidemment beaucoup avec ses relations sur les réseaux sociaux via ce prolongement de lui-même. 
« Facebook, c’est l’almanach Vermot du 21ème siècle ! », avec ses infos, ses actualités, ses bêtises, etc…vous y trouverez notre homme sous son vrai nom, car il se « méfie des gens qui se méfient de Facebook ! » en adoptant des pseudos ou en cachant des choses…

Un livre de chevet ou un écrivain apprécié :

Yasmina Reza en général, qu’il aime relire.

Mais il vient de lui arriver un truc incroyable, une jeune femme allemande, Dina Casparis, a écrit un livre dont l’intrigue tourne autour d’un parfum de Pierre, Harmattan noir ! Une intrigue glam-policière s’appelant « High heels-Heisse deals », on attend la traduction française. Elle est fan de son travail et il ne le savait pas.


L’endroit de ta ville que tu aimes :

« Il y en a plusieurs, elles sont vaches tes questions ! ».
Mais le lieu qui lui vient rapidement en tête, c’est un point de vue sur sa ville, les coteaux de Chanturgue (et là j’imagine des hordes de fans se précipitant pour essayer de faire un footing avec lui quand il y va !). Ce sont les flancs du cratère du Var et c’est là qu’il se sent bien en toutes saisons, ça m’a l’air bucolique à souhait !

Un lieu pour se ressourcer ou un voyage :

Le lac d’Aydat. Diantre il a répondu rapidement ! 😉

Ton occupation favorite, voire ta passion :

« Anne, je crois que je suis un peu handicapé des loisirs ! » Ca dit tout sur le monstre de travail qu’il peut être…d’ailleurs les dimanches ne sont pas des jours d’inactivité, il faut qu’ils soient un minimum occupés, genre marché, resto, balade, etc…ses loisirs, c’est son boulot. Il le reconnait et s’accepte comme cela.

De quoi es-tu nostalgique :

« De mon enfance, même si tout n’était pas rose, comme partout. Du dimanche soir dans la mezzanine du salon où avec mes parents on se faisait un plateau télé et on regardait Maggie à 19h30 sur Antenne 2 ! ». Je n’ai pas résisté, pour la bouffée de nostalgie à retrouver cette photo !


Que trouves-tu génial à notre époque, voire indispensable :

« Internet, car cela a révolutionné la transmission du savoir, la communication ».
Notre parfumeur est un boulimique de mots et il a toujours aimé lire le dictionnaire, voire en apprendre des définitions par-cœur. Il aime la poésie des mots rares, genre « axiome » ou « sycophante » (pour les non-initiés, dont j’étais, c’est un délateur professionnel dans l’Athènes antique !). 

Bien sûr, on connait tous les revers d’internet, dont il faut souvent vérifier les infos et qu’on peut détourner comme toute invention formidable, comme le dark-net, la propagation des idées racistes, etc…. Mais « le jeu en vaut la chandelle » car il apprend encore plus grâce à internet.

Qu’aurais-tu aimé faire comme autre métier :

« Petit je dessinais des robes, j’en ai noirci des pages et des pages ! Donc de toute façon un métier artistique. Sinon j’aurais aimé faire du théâtre, comédien ». En photo, petit Pierre...


Ton idée du bonheur :

« D’être en bonne santé avec des gens que j’aime, et donc mon idée de l’enfer c’est la souffrance physique dans la solitude ! » 

Une devise ou un credo :

« Je cite souvent mon père en disant que l’eau descend des montagnes et ne peut pas les remonter. Dans la vie il y a des principes immuables, des choses qui doivent se passer. Quand tu agis comme un con, il y a un jour ou l’autre où on te présente la note ! ».
Et qu’on doit donner dans l’existence pour recevoir. Pour lui, ça commence tout simplement en faisant plaisir aux gens qui portent ses parfums.

Alors merci Pierre, de m’avoir donné, en plus de tes parfums que je vends mais que j’aime évidemment porter et offrir, tout ce temps pour répondre à mes questions !